
photo Frédéric Maigrot / L'AM.I.
Il a été Gustave Meyer dans Enfin, redde m'r nimmi devun, Albert Schweitzer dans 's isch Mitternacht Dokter Schweitzer, revêtant d'innombrables autres costumes sur la scène du Théâtre alsacien de Strasbourg. Après 27 saisons en tant que comédien, Philippe Ritter a
su montrer une autre facette de son art en signant sa première pièce, Alli mitnander.
Comédien, Philippe Ritter l'est dans l'âme. Depuis 27 saisons et près d'une centaine de rôles endossés, il a signé sa première pièce présentée au début de cette année, « une comédie en trois actes est adaptée à une problématique contemporaine, la colocation, Alli mitnander ».
Comédien, metteur en scène et aujourd'hui auteur, la passion pour le théâtre de Philippe Ritter s'inscrit dans un altruisme réel, « car, par le théâtre, il s'agit avant tout de faire plaisir à l'autre », une passion qui prend sa source dans le texte : « un comédien doit se laisser toucher par le texte pour le rendre au mieux, respecter le spectateur et l'auteur ». Passion exigeante, voire envahissante, le théâtre mobilise fortement ceux qui s'y adonne. « Une saison au TAS comporte cinq pièces et il est possible qu'un comédien joue dans plusieurs, voire dans toutes, selon les choix des metteurs en scène. Il est alors clair que le comédien doit fournir un important travail de mémorisation. Mais plus on apprend de textes et plus c'est facile ! »
Cependant et Philippe Ritter de le souligner, l'apprentissage du texte n'est pas tout, encore faut-il « jouer juste » ! Pour atteindre cette exigence, il n'est pas rare que les comédiens, et Philippe Ritter n'est là pas une exception, « se documentent, réfléchissent et digèrent. Il n'est pas seulement question du texte, même s'il doit être réflexe. Il s'agit bien plus de l'habiter, de se laisser toucher par lui». Il arrive alors que sur scène, il s'opère une véritable communion, « des acteurs aux spectateurs, en passant par les coulisses. Chaque pièce est un travail d'équipe et lorsque cette communion s'opère, tous les efforts sont récompensés ! » S'il ne compte les heures passées à intégrer et digérer un texte, à le répéter, il reconnaît aussi que sa passion pour le théâtre a su donner une coloration à sa vie, « et qu'elle nourrit et enrichit mes autres activités. » Professeur des écoles et formateur à l'IUFM, « Schuelgingel » comme il aime à le dire lui-même « pour que ce mot ne se perde pas, il est incontestable que la pratique théâtrale m'a donné une aisance dans le relationnel ».
Au-delà, cet homme de théâtre est plutôt un Theatermensch, « car ma priorité va au théâtre dialectal, véritable bastion où l'on utilise encore le dialecte et où l'on continuera à le faire ! » Menacé, l'avenir du dialecte reste ouvert pour Philippe Ritter. A Strasbourg, mais aussi à Pfulgriesheim où il assure la mise en scène depuis une quinzaine d'années, il veut croire en demain, « sachant que si l'on donne des rôles à des jeunes, des jeunes viendront aussi au spectacle ! » Et s'il le fallait encore, les abonnements en hausse pour la saison en cours au TAS viennent conforter notre homme dans son optimisme. Au-delà, en abordant la thématique de la colocation, l'auteur a voulu montrer aussi « que le théâtre dialectal s'adapte à toutes les problématiques d'une époque donnée, respectueusement et sans caricatures ». Et si notre langue dialectale se décline en de multiples variantes, ce Lampertheimois et fier de l'être n'a de cesse de rappeler « que tous les dialectes se valent, et que la scène dialectale nous offre la possibilité de les faire chanter ! », une conviction qui encourage à programmer une soirée théâtre, sortie culturelle et presque patrimoniale en Alsace, partagée en saison par quelque 10 000 Alsaciens...
Christine Nonnenmacher