Xavier Beauvois ou la passion du cinéma

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Rien ne prédisposait Xavier Beauvois à réaliser un film bouleversant
et d'une grande justesse sur la vie quotidienne des moines de Tibhirine,
peu de temps avant leur enlèvement et leur assassinat.
Né en 1967, ce fils d'un préparateur en pharmacie aurait dû devenir ouvrier, comme ses copains, s'il ne s'était pris de passion pour le cinéma. Très vite, le jeune homme abandonne ses études pour se rendre à Paris tenter sa chance à l'IDHEC, qu'il rate, avant de devenir comédien et assistant-réalisateur (avec Manoel de Oliveira, André Téchiné).
Lorsqu'il signe son premier long métrage, «Nord», en 1991, la critique unanime salue ce nouveau et prometteur talent. Dans cette poignante chronique sociale, quasi autobiographique, il raconte la misère d'une enfance marquée par l'alcoolisme du père et les liens ambigus avec la mère. Cette première oeuvre lui vaudra ses premières nominations aux César, pour la première oeuvre et le meilleur espoir masculin. En 1995, ce sera «N'oublie pas que tu vas mourir», l'errance désespérée d'un jeune séropositif, qui fera partie de la sélection officielle au Festival de Cannes de 1995 et y obtiendra le Prix du Jury. Suivront «Selon Matthieu», présenté au Festival de Venise en 2000, «Le petit lieutenant», qui obtiendra les César du meilleur réalisateur et du meilleur scénario en 2006.
Pour chacun de ses films, Xavier Beauvois passe beaucoup de temps à se documenter, à lire, à écouter les spécialistes, ce qui lui permet d'être toujours d'une grande justesse de ton, que ce soit pour décrire le milieu ouvrier, celui du petit trafic de drogue, celui de l'entreprise, celui de la police et celui d'un monastère. C'est ainsi que pour préparer le tournage de son film «Des hommes et des dieux», outre l'utilisation des services d'Henry Quinson, comme conseiller ecclésiastique, la lecture de l'histoire de l'Algérie, de la Bible et du Coran, des écrits de Christian de Chergé et de frère Christophe, il s'est immergé dans le silence de la vie des trappistes, à l'abbaye de Tamié, en Haute-Savoie, où il a, par la suite, envoyé ses comédiens.
Mais qu'est-ce qui a bien pu pousser cet amoureux du cinéma et de la peinture à filmer la vie quotidienne des moines, avec tant de justesse et de respect ? Sans doute ce désir, à chaque nouveau film, d'apprendre quelque chose de nouveau sur la vie et sur l'homme. De cette manière, le cinéaste est parvenu à approcher le mystère de la vie monastique et du sacrifice de ces moines martyrs.
Marie-Christine d'André
«Des hommes et des dieux»
Dans les années 1990, l'Algérie est saignée par une guerre civile insidieuse qui frappe toutes les couches de la population. Dans la nuit du 26 mars 1996, sept des huit moines trappistes du monastère Notre-Dame du Haut Atlas de Tibhirine, dans
les montagnes au Sud d'Alger. Séquestrés durant deux mois, les moines français sont assassinés, alors que les responsabilités restent toujours incertaines, alors
qu'une enquête est toujours en cours. Le massacre des moines a alors suscité une
vive émotion en France. C'est un hommage cinématographique unanimement salué à ces moines, à leur ouverture et à leur abandon que signe aujourd'hui Xavier
Beauvois. Quatre ans ont été nécessaires à la réalisation de ce film, Grand prix du Festival de Cannes en mai dernier.
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