
photo Frédéric Maigrot / L'A.M.I. (Archives)
On croyait le Racing Club de Strasbourg sur de bons rails depuis quelques mois mais l'évolution récente et l'examen des comptes par la Commission régionale de contrôle des clubs montrent que tout n'est pas pour le mieux dans le meilleur des mondes.
Frédéric Sitterlé a un rêve. A l'image de ce qu'a fait Dietmar Hopp avec le TSG Hoffenheim ou de ce que projette le producteur de boissons Red Bull au RasenBall Leipzig, il veut ramener un club, le Racing Club de Strasbourg en l'occurrence, des tréfonds du football amateur dans l'élite du football professionnel.
Deux conventions en débat
Dans la banlieue de Sinsheim, le cofondateur de la société SAP a fait monter le TSG 1899 de 7 niveaux avant d'atteindre la Bundesliga et en ex-Allemagne de l'Est, la société autrichienne aux deux taureaux, qui n'a pas le droit de donner son nom au club (d'où le stratagème du RB), a déjà fait gravir un niveau à l'émanation du SV Markranstädt qui évoluait en Oberliga en 2009. Antérieurement intéressé par un rachat, et la situation actuelle donne peut-être le pourquoi de l'échec d'alors, l'entrepreneur originaire de Blodelsheim a finalement abouti après la liquidation du club emblématique alsacien en août 2011. Très vite, Frédéric Sitterlé s'est présenté comme repreneur et a agi comme si le Racing lui appartenait déjà. Annonçant un investissement de 5 millions d'euros étalé sur plusieurs années, il a fait un aller-retour à la présidence de l'association support depuis la rentrée puis amorcé la création d'une société anonyme support (nommée sportive professionnelle, SASP, à tort) qui doit agir à travers un conventionnement avec l'association. Et c'est là que le bât commence à blesser. Car, à côté de la convention avec la future société déjà évoquée, un deuxième accord, avec la holding de Frédéric Sitterlé Blodelsheim Media Venture cette fois, a été mis à la signature du bureau de l'association. Pour l'usage du nom, il prévoit une redevance annuelle indexée sur le niveau, de 150 000 euros en CFA 2 à 1,5 million en Ligue 1. Un péage dans le jargon financier, destiné à survivre à la présence du «repreneur » au club et lui permettant d'effacer sa dépense initiale (150 000 euros) dès la première saison !
Quelle surface financière ?
A la différence de Dietmar Hopp, Frédéric Sitterlé ne ressemble en rien à un mécène et n'investit pas non plus pour la longue durée, comme Red Bull par exemple. Pire même. Ainsi, la récente audition du club par la Commission régionale de contrôle des clubs (une DNCG à petite échelle) a montré qu'il n'a pas encore injecté d'argent dans l'association, contrairement aux annonces. Le club vit donc sur les réserves de cette dernière, soit 727 872 euros à fin juin, et paye aussi ses fournisseurs avec retard. Mieux, Frédéric Sitterlé a fait embaucher deux proches (Mathieu Rabby et Jean-Baptiste Duteurtre à la communication) par la structure alors qu'ils étaient présentés comme bénévoles. Pour le moment, son action s'est par ailleurs limitée à réduire le budget du club à 2,63 millions d'euros (avec 766 000 euros de déficit prévu) et à élargir de six membres le conseil d'administration de l'association. Quelque peu léonines, les conventions ne seront probablement pas signées en l'état et il n'y aura donc pas non plus d'apport en retour pour le moment. Audelà de la complexité du mariage à trois (association, société et holding), au niveau amateur faut-il le rappeler, se pose aussi (à nouveau) la question de la surface financière réelle du repreneur, et de ses motivations.
Joël Hoffstetter