Article du 20/05/2008 à 10:36
Plaine et vallées
Photo DR
Pour un regard d'espoir Les associations Actions Alsace Togo, du médecin mulhousien Jean-Marie Dietrich, et les Amis du Togo de Maurice Roberge, de la région de Chambéry, mènent des actions de terrain au plus proche et au service de la population locale. Sous leur égide, l'un de nos collaborateurs a participé à un séjour de 25 jours sur place, en pleine saison chaude. Carnet de bord...

Le séjour a duré du 29 mars au 22 avril, sous une température constamment entre 35 et 45°C à l'ombre. Avec Maurice Roberge, nous étions logés à l'hôtel de Notsé, une ville de brousse à 100km de Lomé, la capitale du Togo. L'hôtel était assez... rustique. Notre siège était l'hôpital régional de Notsé.

Je suis parti sous l'égide de l'association Actions Alsace Togo présidée par le Dr Jean-Marie Dietrich de Mulhouse, engagé au Togo depuis plus de 20 ans. Outre d'autres actions au Togo, l'association a récemment rénové trois dispensaires de brousse et un quatrième est en chantier. Ensemble, ces structures desservent des bassins de population de plusieurs dizaines de milliers de personnes.

Notre association Actions Alsace Togo a rénové à ce jour les dispensaire de Wahala, Tchiniga et Asrama. Depuis, les gens y reviennent plus nombreux, dans un contexte plus hygiénique et plus accueillant. Ces dispensaires sont dirigés par un infirmier. En 2007, avec le Dr Dietrich, nous avons visité celui d'Akpakpakpé. Dans un état déplorable, ses plafond croulaient sous le poids des crottes de pipistrelles (chauve-souris) qui se  glissaient dans la moindre faille. En avril 2008, sous la direction de Maurice qui suit les chantiers pour Actions Alsace Togo, Patrice, l'entrepreneur, a engagé les travaux : nouvelle toiture, changement des plafonds, redistribution des locaux entre soins et accouchements, carrelages, mise en peinture. Le tout pour quelques 6 millions de CFA (environ 9.000 euros) payés par les membres.

La participation des villageois se fait sous forme de main d'oeuvre, d'apport de sable et de cailloux trouvés dans la brousse. Afin de la rendre accessible, une consultation dans un dispensaire coûte 100 CFA (0,15 euro). Patrice est à la tête d'une entreprise d'une quinzaine d'ouvriers. Pour les nombreux bénévoles, en Afrique, c'est travailler beaucoup pour gagner un précieux sourire ou un regard d'espoir. Pour le Togolais, c'est travailler souvent toute la journée pour un patron et gagner 1,50 euros.

 Pollution...

Précédemment, j'avais remis en état et expédié par le conteneur des Amis du Togo 15 ordinateurs. Il s'est agi de les mettre en place, en formant parfois leurs utilisateurs, tant à l'hôpital qu'au dehors. La chaleur était torride, l'électricité fluctuante, ce qui n'arrange pas les choses. D'un côté, ici on nous assomme d'antipollution, de tris, de contrôles techniques de plus en plus tatillons et générateurs de lourdes dépenses. De l'autre, par exemple à Lomé, le soir, règne un intense brouillard.

Entre les motos, les voitures et les camions fumants et puants, la visibilité tombe bien bas. Cette situation est le résultat de la vente de nos vieilles voitures qui ne sont plus conformes en Afrique. Affaires juteuses pour nos vendeurs, pour les intermédiaires et les transitaires, sur le port, elles s'arrachent de1.500 à 5.000€ pour les plus luxueuses. Taxis, petites sociétés ou particuliers qui « font du business » se les offrent. Il y a encore 10 ans, Peugeot et ses 404 ou 504 étaient rois. Aujourd'hui, c'est fini. Des 4x4 rutilants des officiels aux plus vieilles guimbardes, tout est japonais. Les motos sont en majorité chinoises. Question : autour de la planète, l'air est le même et il circule. Alors à quoi servent nos coûteux efforts, ici ? Globalement, les voitures sont en mauvais état : rouillées, pneus usées jusqu'à la corde, moteurs à bout de course.

L'électricité, un poème

Le Togo vit, comme ses voisins, une grave crise de délestages électriques qui affectent le cours normal des activités et plonge les foyers dans l'obscurité. Le manque de pluies empêche le grand barrage hydroélectrique voisin, et qui alimente plusieurs pays, de donner son maximum alors que la consommation augmente. En mai 2006, les délestages étaient en moyenne de 5 à 6 heures tous les 2 à 3 jours. En 2008, sauf le week-end, nous étions sans courant entre 6 et 12h par jour. Notre hôtelier nous a expliqué qu'il se servait d'un congélateur « communautaire », situé dans un autre quartier, alimenté par groupe électrogène. Hôpitaux, bureaux, hôtels, entreprises possèdent des groupes. Une source de déficit (le carburant est cher) et de pollution supplémentaires... Et une vaste paralysie pour le pays. La situation dans l'univers hospitalier n'est pas meilleure. Selon un médecin de l'hôpital de Notsé, «  en Afrique, on soigne d'abord l'homme, puis la femme et ensuite seulement l'enfant. Quand un service de pédiatrie est vide, c'est qu'il n'y a plus d'argent ». Et les services de pédiatrie de l'hôpital étaient très loin de faire le plein...

Soirée ordinaire : deux jeunes traînent un « vieux » sous les bras hors de l'hôpital. Ils l'emmènent mourir à la maison ; ainsi ils n'auront pas à payer la morgue... Une fois dehors, comme pour les morts, ils le coinceront entre eux deux sur une moto jusqu'au village.

Les accidents sont innombrables, surtout ceux de moto. Un accidenté arrive à l'hôpital. On cherche l'infirmier de garde, mais il est absent... Aussi Anne et Carole, étudiantes en deuxième année d'infirmière et en stage à l'hôpital de Notsé, piquent, recousent, nettoient, suturent. Et réconfortent. Un enfant arrive à l'hôpital, son crâne recousu suppure. Il a été recousu en brousse, sans asepsie. Lorsqu'elles enlèvent les fils, terre et gravier coulent avec le pus de la plaie. Le gamin a failli mourir du tétanos. Kabral, un jeune et brillant médecin militaire centrafricain en stage à Notsé témoigne : « le pays est cruel. Les gens sont prêts à payer et à se cotiser pour enterrer un membre de leur famille, mais pas pour le soigner... »

 Vie quotidienne

Créé en 2007 grâce à l'ophtalmologiste mulhousienne Martine Cros Boidevezi et au Dr Dietrich, le centre ophtalmo fonctionne bien. Géré par des soeurs, l'orphelinat accueille lui 50 enfants. Une visite et une distribution de crayons, papier et gâteaux y  ont été appréciées.

Dans les villages de brousse, beaucoup de gens ne mangent plus à leur faim. Le riz a augmenté de moitié, le maïs du double. De plus, le manque de pluie annihile les espoirs de récoltes. Le plus grand nombre a cessé depuis longtemps de se soigner ne trouvant plus les 100 CFA pour la consultation au dispensaire.

Malgré tout, des artisans continuent encore et encore à oeuvrer. Fier de son travail, 12h par jour, toute la semaine, l'athlétique forgeron forge à la main et forme les pelles, houes et autres outils pour les champs, mais aussi des clous. Le carrossier retape avec rien une Toyota à bout de course. Son chalumeau est alimenté en acétylène par un réservoir à carbure et ses baguettes de soudure sont des bandes de vieille tôle. Le menuisier est fier du buffet qu'il vient d'achever ou de l'échelle qu'il a fabriquée a partir de planches taillées à la tronçonneuse.

En 2007, j'avais promis à un chef de village de la brousse de lui construire un radeau pour désherber la retenue d'eau du village envahie par les herbes et aussi par quelques crocodiles selon les habitants... Ces derniers empêchaient les villageois d'y entrer. Achat de bidons, de planches, de corde nylon, assemblage du tout avant livraison en brousse. Mise à l'eau concluante !

A Akpakpakpé, les travaux du dispensaire ont débuté. Dans le village voisin, c'est l'extrême pauvreté. Mais une femme veut tout de même m'inviter à manger sa pâte (farine de maïs).

Plus loin, Pierre a créé une intéressante ferme collective sur 3,5ha . La région est riche en eau. Ultra passionné, il a inventé un barrage sur une rivière, construit un château d'eau, installé une moto pompe diesel. Il expérimente les cultures d'aubergines, de maïs, de carottes, de tomates, de piments, d'ananas. Il emploie 10 personnes et ses produits en nourrissent des centaines. Il dit avoir maintenant une vue bien différente de celle d'avant sur le statut du paysan. Mais pour lui aussi, un constat inquiétant s'impose: « Les Togolais subissent de plein fouet l'augmentation des prix du riz, du pain, de la farine, du maïs, des aliments essentiels. Ils n'ont plus guère d'argent pour se soigner ».


Orphelinat de Notsé - Photo DR
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