Le curé de Ferrette, Marc Schmitt (en photo), a passé quelques années à Haïti et plus particulièrement dans la capitale, Port-au-Prince. Contacté peu après le séisme qui a secoué le pays le 12 janvier dernier, Marc Schmitt fait le lien avec la société des Pères de Saint Jacques pour récolter des dons.
Marc Schmitt fut coopérant en Haïti de 1998 à 2000, dans le cadre de son cursus d'études pour devenir prêtre catholique.
«Je me trouvais alors au centre du pays, dans la capitale Port-au-Prince. J'étais volontaire pour oeuvrer auprès des jeunes de la paroisse St Antoine», se souvient-t-il.
Confronté à une population issue majoritairement des bidonvilles environnants, Marc Schmitt s'est occupé d'un centre destiné aux enfants des rues. «Le territoire où nous étions comptait quelques 25.000 habitants répartis sur 5km2. Les constructions y étaient anarchiques», témoigne le curé. Maisons empilées les unes sur les autres, corruption au niveau de l'administration du cadastre, les bâtiments poussaient comme des champignons selon l'arrivée des familles ou des groupes de personnes.
Marc Schmitt a pu côtoyer une population où misère sociale et loi du plus fort étaient les lignes directrices. «La misère quotidienne m'a frappée. C'était très différent de ce que nous vivions en France. Néanmoins, nous nous sentions utiles auprès des jeunes», raconte l'intéressé.
Travail de resocialisation
Le centre pour enfants des rues de Port-au-Prince a été fondé par un prêtre missionnaire issu de la société des Pères de Saint Jacques en 1993. Cette structure, aujourd'hui endommagée par le séisme, avait pour objectif d'accueillir des orphelins ou des enfants livrés à euxmêmes. «Nous nous occupions exclusivement de garçons. Les filles étant prises en charge par d'autres structures. Le centre pouvait accueillir une vingtaine de jeunes qui dormait sur place. Nous en avions embauché pour le gérer. Notre travail consistait d'abord à réintégrer les jeunes dans la société haïtienne en les faisant aller à l'école», souligne Marc Schmitt.
La tache s'avérait souvent délicate dans un contexte d'abandon ou de rejet de la famille d'origine. Les problèmes de drogue, «surtout de la colle à l'époque», aggravant alors les situations personnelles. L'équipe de Marc Schmitt assurait une présence locale et partait aussi à la recherche de jeunes en difficulté. «Nous allions de base en base, sorte de lieux de rassemblement des enfants des rues, pour leur apporter notre aide. Dans un second temps, nous recherchions les familles d'origine pour tenter de les réintégrer», commente le curé.
De belles histoires
Malgré la corruption, la désorganisation, la misère et la violence, Marc Schmitt garde de bons souvenirs. Surtout lorsque ses protégés retrouvaient un début de vie normale. «Je me souviens avoir ramené un garçon chez lui après des années de fugue. Ses parents le croyaient mort. Les enfants qui restaient au centre ont eux réussi à tisser des liens avec les familles du quartier. Nous avions tenté un rapprochement lors d'une fête des mères en 1998. Nous avions demandé aux familles d'accueillir un jeune pour la journée », se remémore le prêtre. Les écoles et les artisans locaux constituaient eux un réseau social d'importance en matière d'insertion professionnelle. Une bibliothèque a également vu le jour grâce à la volonté des jeunes paroissiens. Là encore, les enfants ont pu gérer la structure. «La bibliothèque était située à 600 m environ de la cathédrale. Il était rare de voir des livres en bon état et ce lieu permettait d'initier les enfants à la culture au sens large».
Tout est à refaire
Depuis le séisme, Marc Schmitt n'a eu que quelques contacts directs provenant d'Haïti. La catastrophe lui a été apprise par texto. «Je n'ai gardé que peu de contacts avec les gens de là-bas mais je reste informé par mes réseaux personnels en France notamment. Je suis inscrit sur un groupe de discussion des anciens coopérants en Haïti. Les informations sont partagées », indique-t-il. Contrairement aux idées reçues, il semblerait que Port-au-Prince a été moins touchée que la ville proche de Léogâne. La paroisse St Antoine tout comme la chapelle ont été largement détruites. Le grand séminaire est effondré et certains séminaristes y ont laissé la vie. «Je ne sais pas si le centre pour enfants des rues redémarrera. Je sais que de nombreuses personnes repartent vers les campagnes. Nous avons aussi reçu le témoignage d'un prêtre qui décrivait la situation des écoles et des élèves tués en masse. Le gouvernement est décapité mais le déblayage a été mis en place», ajoute-t-il. La reconstruction se fait attendre dans un contexte politique pour le moins inexistant. Marc Schmitt se pose ainsi en intermédiaire concernant les dons adressés à la société des Père de Saint Jacques. «Nous avons déjà reçu près de 16.000 euros depuis le 15 janvier. L'argent est pour l'instant stocké en Bretagne dans l'attente d'une situation stabilisée et des projets de reconstruction», conclut le curé.
Emeline Riffenach
Les dons peuvent être adressés directement à Marc Schmitt, 1 rue du Château, 68480 Ferrette. Pour tout renseignements : 03.89.40.41.73.